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24Heures - La vie est régie par des nombres, elle désobit à la loi des chiffres

Depuis quinze ans, elle enseigne en Suisse, en France, En Angleterre, aux Etats-Unis la pent'analogie, une science différente de la numérologie. Rencontre avec cette femme aux yeux clairs, qui vient de consigner ses idées dans un livre.

Selon le Petit Larousse, "les chiffres" sont les caractères servant à représenter les nombres, rien de plus. Tout au plus sont-ils utiles à l'évaluation de la consommation du mazout dans une maison de campagne; à la déclaration d'une feuille d'assurance, de quelques pages d'impôts. Ils rendent maussades même le comptable qui les égrène. Pouah, les chiffres! Mais vive les nombres!

Car si, à l'instar de Sonia Othenin-Girard qui tient un bureau de consultation à Lausanne depuis quatorze ans, on croit aux pouvoirs de ces derniers nommés - à leur symbolique antique qui remonte à Pythagore, ont frôlé le veston élimé d'Einstein, puis les barbes grises de Sigmund Freud et de son disciple Carl-Gustav Jung, - on est en droit de penser que la vie des humains ne dépend pas exclusivement du hasard. Une femme, un homme naît forcément un jour précis, en un mois qui l'est autant, et en une année qui scellera fatalement non seulement les annales de l'Histoire, mais le sang entier de l'individu qui en est irrigué.

Chez Sonia Othenin-Girard, cette constatation élémentaire se profile sur du papier blanc avec de l'encre noire, La table est d'une matière soyeuse et à plusieurs parfums, car elle se compose de carrés prélevés en des essences variées. C'est un damier. Il tient davantage de la science du bois contre-plaqué, du goût pour les salons des antiquaires, que de la magie à bon marché, comme il s'en vend dans les petites annonces de nos journaux à la rubrique de la plate voyance.

Non, Sonia Othenin-Girard ne se prend pas pour une voyante. Mais elle plonge volontiers ses yeux couleur de prune dans ceux de ses clients pour y lire des émotions, des mystères inavoués.

Le torse et les cheveux Pendant ce temps, elle dessine sous leur regard inquiet, à la plume sombre, en premier lieu une étoile (celle ou, après le philosophe-mathématicien Pythagore au VIe siècle avant Jésus, Léonard de Vinci en personne inclut pour l'éternité le fameux monsieur à poil de l'agence Manpower). Puis une maison aux formes les plus rudimentaires, et qui édicte toutes les lois anciennes répondant aux besoins compréhensibles pour un humanoïde ordinaire d'être protégé et abrité.

Enfin, en un troisième mouvement, superbement musical, le dessin s'achève par l'élaboration d'un arbre. On y étudie l'ampleur des racines, la force ou l'absence du tronc, l'ébouriffement de la chevelure, etc. Tels sont les trois thèmes fondamentaux de l'Architecture du destin, que Sonia Othenin-Girard vient de publier à Paris, avec une préface belle de notre philosophe genevois Claude Martingay, qui vit à Hermance.

Par l'écriture limpide de notre pentanalogiste, on apprend pourquoi cette sagesse nouvelle, créée par l'ingénieur bâlois Charles Gruber - décédé en 1990, et qui fut le maître de l'auteur -, est différente de la pentanalogie, imaginée auparavant par un certain H. Muller, de Merzig en Allemagne. Tout est affaire de méthodes: celles qu'a reprises, voilà quinze ans, notre charmante dame de Chailly font et défont les énigmes de l'individualité.

Elle est née au Locle, dans une famille d'horlogers célèbres. C'est une fille Calame synonyme de plume, de stylo, comme par hasard. Sa parenté gérait la fabrication des montres Zodiac (un hasard encore!). Son grand-père, prénommé Ariste, est l'inventeur du premier mouvement automatique. "C'était un homme très silencieux, fait Sonia, je l'ai peu connu." Deux mariages, voyages très marquants en Iran, séjours en Grande-Bretagne, en France, aux Etats-Unis, en Espagne.

Elle y enseigne, dans des écoles, dans les universités cette science qui tourne autour du nombre dix, en spirale, et qui apporte du réconfort à qui veut y mettre sa foi.

Sonia Othenin-Girard a trois enfants. Elle s'en est occupée longtemps, contre vents et marées. Dominique, comme chacun sait, est cinéaste. Nicolas est psychiatre. Ariane est guérisseuse et s'intéresse aux Indiens cheyennes. Quelles belles vies!

Dans l'appartement chailliéran de Mme Sonia, la lumière fuse par toutes les fenêtres, qu'il pleuve, vente ou qu'il fasse beau. On y respire des parfums d'essence sacrée orientale, celle du savoir immédiat, et loclois aussi. Au balcon, des fleurs précieuses rayonnent. S'il y fait chaud, on regarde le Léman pour qu'il nous rende plus vifs. S'il fait trop froid, on lève les yeux vers le soleil.


GILBERT SALEM

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