Presse

Le Chailléran

juin 2004

Elle vous accueille dans un bureau meublé avec goût, un mélange subtil entre l'héritage familial et l'Asie où elle a passé plus d'une année de sa vie. Le murmure des pendules neuchâteloises rythme l'entretien, murmure rassurant aux saveurs d'enfance. Sonia Othenin-Girard partage volontiers sa passion et ses connaissances des symboles. Elle plonge son regard bleu limpide dans le vôtre, à la recherche de vos émotions, sa voix mélodieuse mais ferme trahit un caractère trempé. Elle conjugue le rythme du temps avec celui de votre date de naissance. Sur le papier, dessinés à l'encre noire apparaissent des chiffres, une étoile, une maison et un arbre, ils racontent votre vie, car pour Sonia, "l'architecture de votre destin" - une expression tirée de son premier livre - ne doit rien au hasard. Dans son appartement chailléran, elle pratique un art insolite et peu connu, la voie des nombres, l'art de la pent’analogie, l'art de la sagesse, créé par un ingénieur bâlois, Charles Gruber.


L'harmonie du quartier

C'est en toute discrétion, malgré sa grande silhouette blonde et élégante, que cette magicienne des symboles habite le quartier. Elle souligne l'amabilité des commerçants, celle de ses habitants. Elle lance une idée, "pourquoi ne pas rénover aussi l'hôtel ?" Elle regrette la disparition du "bistrot". Son regard sur le quartier étonne, "c'est une étape avant la sortie de la ville, un nid, un cocon où l'on peut se reposer". Elle s'y ressource depuis bientôt 20 ans. Elle a surtout fait découvrir Chailly aux nombreux élèves venus suivre ses cours. Depuis plus de 15 ans, elle enseigne la pent’analogie en Suisse, mais aussi aux Etats-Unis ou en France "Sans publicité tapageuse, simplement par le bouche-à-oreille", précise Sonia qui récolte les fruits d'une longue quête d'harmonie et de liberté intérieure.


Une vie à la première personne!

Sa vie, elle a voulu l'écrire à la première personne. Contre vents et marées. D'origine bourgeoise - un père patron de Zodiac, une entreprise horlogère célèbre, une mère graphologue - elle préfère larguer les amarres, car elle a du tempérament, "je suis quelqu'un d'entier", reconnaît-elle avec retenue étonnante. Très jeune, elle épouse un artiste peintre, "je me suis jetée à son cou pour fuir le confort bourgeois", se souvient-elle. Elle a réalisé, il y a quelques années seulement, qu'à Neuchâtel son couple était considéré comme une légende. Une légende pas toujours facile à vivre. Certes, elle va croiser l'histoire de la peinture neuchâteloise. Avec la famille qui très vite s'est agrandie - à 27 ans, elle a déjà ses trois enfants - elle habitera dans l'ancien atelier du peintre Léopold-Robert. "Sans salle de bain et sans chauffage, mais j'avais échappé au ghetto de la bonne bourgeoise", insiste-t-elle. Elle confirme ce choix en 1964 avec un départ pour l'Iran où elle suit son artiste de mari chargé de créer l'Ecole des Beaux-Arts de la capitale.


Naissance d'une vocation

A Téhéran, reconnaît-elle, le quotidien était dur, je pouvais à peine me payer trois oranges pour les enfants, et c'était déjà du luxe, mais en même temps, j'entrais dans le monde de la culture iranienne". Les dessins des tissus iraniens la fascinent, "plus jeune, je voulais devenir styliste, mais j'essayais de comprendre la symbolique de leurs dessins". Cet art de la peinture sur tissu, elle va l'enseigner trois mois après un apprentissage accéléré avec des iraniennes! "J'apprenais la nuit, ce que j'enseignais pendant la journée", se souvient-elle presque avec fierté, "c'est là que j'ai découvert une double vocation, l'enseignement et la symbolique". Sonia choisit pourtant le chemin le plus long pour y arriver.


Le sablier du temps qui passe

Après un an et demi en Iran, elle revient en Suisse. Seule avec les trois enfants. Une partie de l'héritage familial lui permet d'ouvrir une horlogerie-bijouterie à Rolle. Il reste de cette période un sablier avec deux dates - 66 et 82 - et qu'elle utilise encore, "ça va très bien pour cuire mes œufs", sourit-elle pragmatique. Peut-être une manière de souligner que la vente, ce n'est pas sa vocation, mais il fallait bien vivre. Ça a duré 24 ans! D'une voie tranquille et posée, elle continue d'égrener les chapitres de sa vie. Elle évoque son courrier à l'Institut Jung, elle voulait suivre des cours de psychologie. Et ça marche. Plus tard, au hasard de rencontres qu'elle qualifie de précieuses, elle découvre la pent’analogie et les runes - un art divinatoire celtique dont elle va livrer les secrets dans un prochain livre à paraître. « J'avais enfin trouvé ma nourriture, un sens à ma vie. J'ai eu de la chance », sourit Sonia, aujourd'hui sereine, après un parcours qui ressemble à un chemin initiatique. Elle remercie les êtres qu'elle a rencontrés et qui lui ont donné "la force d'écouter la voix intérieure pour me laisser guider, car comment expliquer cette chance inouïe de trouver aux grands carrefours de ma vie des hommes aussi exceptionnels, spirituels et bons pour guider afin de donner un sens à ma vie". Aujourd'hui, ses yeux brillent. À plus de 70 ans, elle a trouvé l'amour! Le jour de sa naissance, une bonne étoile était là. Elle s'est donné comme mission d'aider chacun à trouver la sienne.


MANUELA SALVI

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